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Jardin

2026

60 X 120 po

Acrylique sur panneau

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Auto-portrait

2026

60 X 60 po

Acrylique sur panneau

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Léopard

2026

60 X 60 po

Acrylique sur panneau

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Village

2026

60 X 60 po

Acrylique sur panneau

Pas d’enfantillages — Discours du vernissage 

L’exposition Pas d’enfantillages est née d’un désir très simple. Je voulais créer quelque chose qui, le temps d’un été, puisse véritablement appartenir au Théâtre Lac-Brome.

Un théâtre est un lieu où l’imagination est prise au sérieux. On vient ici pour écouter, regarder, ressentir, pour être ému par des choses inventées qui sont pourtant, d’une certaine manière, profondément vraies. Je savais que je voulais créer quelque chose de particulier pour ce lieu. Mais je ne savais pas comment entrer dans cette nouvelle série. Je suis donc revenue au commencement, à cette question primitive : d’où vient le besoin de créer?

Le besoin.

Cette envie soudaine, dévorante, de prendre un crayon tout neuf dans une boîte toute neuve et de laisser une trace. Avant l’hésitation. Avant que le désir de plaire ne devienne une prison.

Un enfant dessine parce que sa main a envie de bouger. Parce que la couleur est là. Parce qu’il y a une feuille devant lui. C’est tout. Et c’est déjà immense.

Un jour, pendant que je réfléchissais à cette exposition et à ce que je voulais en faire, mon neveu Victor, qui avait cinq ans, m’a montré un de ses dessins et m’a dit, très fier : « Regarde, tante Annie, je n’ai pas dépassé du tout. » Sur le coup, j’ai souri, bien sûr. Il est tellement mignon et il dessine tellement bien. Puis cela m’a rappelé ce que signifie réellement ce désir de « bien faire ».

La plupart d’entre nous apprennent très tôt à ne pas dépasser. Au début, c’est un accomplissement. Plus tard, cela devient une habitude. Et parfois, pour certains d’entre nous, cette habitude peut devenir une structure rigide que l’on finit par confondre avec soi-même.

Mon travail est profondément lié à cette structure. Je suis obsédée par la précision. Je construis mes tableaux très, très lentement. Cela exige énormément de discipline.

Mais cette fois, je voulais essayer autre chose. Je voulais explorer une ligne qui n’avait pas encore appris à obéir.

Chaque tableau de cette série est inspiré d’un dessin d’enfant, que j’ai utilisé non pas comme modèle, mais comme point de départ. Presque comme une permission. La permission de choisir des couleurs qui crient un peu. La permission de montrer des formes étranges. La permission de mettre des brillants partout.

À partir de là, le travail est devenu une rencontre entre mon univers et le geste de l’enfant. L’innocence du gribouillage est passée à travers le filtre impitoyable de mon propre langage. Et c’est ainsi que la tension est apparue. Elle traverse les quatre tableaux. Ils sont lumineux, mais pas légers. Joueurs, mais pas simples. Contrôlés, mais pas domptés.

Ces tableaux parlent de l’énergie de créer. Du plaisir brut. Et de l’immense difficulté d’être libre.

L’exposition s’intitule Pas d’enfantillages parce que je refuse de croire que la candeur est une chose insignifiante. Il n’y a absolument rien d’ordinaire dans la première impulsion de créer.

Ouvrir un tube de peinture tout neuf. Wow! Jaune bismuth clair. De la magie pure! S’émerveiller devant tout ce qu’il rend possible.

Et il n’y a rien de naïf dans cette part de nous qui a besoin de transformer le monde, même si ce monde n’est qu’une feuille de papier, un panneau de bois ou le mur d’un théâtre.

Alors oui, c’est vrai. Au bout du compte, je n’ai pas réussi à dépasser. Mais peut-être est-ce aussi une forme de vie. Remplir de petits espaces de couleur, heure après heure, jour après jour, patiemment, avec amour. Et peut-être que c’est très bien ainsi.

2025

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